Brigitte Moron
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Le Raku
La plante du thé (cha en japonais) a fait son apparition au Japon à la fin du XlIe siècle, rapportée de Chine par un moine zen, Eisai (1141-1215). Les moines prenaient ensemble le thé afin de se préparer à la méditation. Cette utilisation, déjà ritualisée, accompagna le thé lorsqu'il fut introduit à la cour impériale, où sa dégustation donna lieu à la création d'un premier type de cérémonie, appelée shoin, particulièrement fastueuse.Cependant, la pratique plus austère liée au zen ne s'éteignit jamais. A partir de la seconde moitié du XVe siècle, trois grands maîtres de thé, Murata Juko (1423-1502), Takeno Jo'o (1502 - 1555) et surtout Sen Rikyu (1522 - 1591), tous adeptes du zen, élaborèrent un autre rituel, le wabicha, une cérémonie plus dépouillée, imprégnée de sobriété et de simplicité. Leur appartenance à un milieu de riches marchands, classe sociale obligée par édit impérial à une certaine austérité de vie, favorisa son apparition. Puis son utilisation politique assura sa diffusion parmi les grands féodaux. Elle offrait en effet un terrain neutre où les seigneurs (daimyô) pouvaient partager un bol de thé et engager des négociations en toute sécurité. Sen Rikyu a joué un rôle essentiel dans l'élaboration de ce Thé simple en organisant différemment le lieu de la cérémonie, son décor, le choix des objets utilisés, tout comme la gestuelle mise en oeuvre. Avec un célèbre potier. Chojiro (?- 1589), il élabora un nouveau type de bol appelé raku. Ce nom désigne au départ les seules productions de la dynastie de potiers descendants de Chojiro. Par extension, il est souvent utilisé pour tous les bols créés selon l'esprit wabi.
Modelés et non tournés, ceux-ci possèdent une forme volontairement rustique et souvent asymétrique. L'aspect très particulier de ces pièces est donné par le jeu d'engobes blancs ou colorés, de glaçures, couches vitrifiées qui accentuent les couleurs et donnent son étanchéité au bol, ou de couvertes, préparations minérales cuites à plus haute tem pérature. Ils sont cuits dans des fours à bois Les pièces sont défournées à chaud et parfois renfournées pour une autre cuisson. Les irrégularités de surface et de couleurs, les accidents de cuisson jouent un rôle important, car selon l'esprit wabi, le potier doit savoir accueillir la part d'imprévu inhérente à toute creation. Très expressifs, ces bols témoignent intimement de la personnalité du potier qui les a fabriqué, mais sont également difficiles à dater et à attribuer car chacun est profondément différent des autres. En cela, ces objets sont bien plus proches de l'oeuvre d'art que du simple ustensile.
A l'atelier de poterie des Riailles de Lagorce, nous cuisons deux types de raku :
- du raku lustré, dont l'émail contient du nitrate d'argent, cuit aux alentours de 900° et réduit rapidement avec du papier.
- du raku blanc craquellé, cuit à 1050°, avec un émail opacifié à l'oxyde d'étain et enfumé à l'aide de copeaux de bois.
